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Tabaski à Badialan - Bamako, Mali


Pierre-Yves Brunaud

Tabaski* est la plus populaire et la plus grande fête religieuse du Mali, où la population est en majorité musulmane. Les jours qui précèdent, le pays tout entier est absorbé par les préparatifs en attendant de connaître la date fixée par le calendrier lunaire. Chaque père de famille doit acheter un mouton, pour célébrer le sacrifice d'Abraham, ainsi que des habits neufs pour la famille, afin de se présenter à Dieu dans une tenue correcte en ce jour de fête ; les enfants, particulièrement, sont ainsi équipés de neuf au moins une fois l'an. Les moutons envahissent les villes : on trouve des foirails sur le bord des routes et les embouteillages bloquent les boulevards. Toute la ville est dans la rue, l'argent circule frénétiquement. Les échoppes de tailleurs bourdonnent jusque tard dans la nuit, les journaux titrent sur les moutons et toutes les discussions des pères de famille portent sur leur prix, leur santé, jusque dans les bus et les queues à la banque où l'on demande des crédits pour couvrir les dépenses. Lorsque le grand jour arrive, les hommes se rendent le matin à la prière avec les jeunes garçons dans leurs boubous empesés et les vieilles femmes aux pieds teints au henné. Après la prière, les gens se souhaitent une bonne année "sembé sembé" et se demandent mutuellement d'effacer leurs offenses, car c'est également le jour du pardon. Puis les hommes égorgent le mouton lavé à l'aube, pendant que les femmes préparent le riz et les boissons sucrées. Les enfants mangent les premiers, puis circulent avec des plats de viande que les familles s'offrent mutuellement en fonction des liens d'amitié, de voisinage ou d'alliance. C'est l'occasion de faire l'aumône aux familles pauvres, mais aussi de faire étalage de sa richesse auprès de la communauté. [*] La Tabaski, plus connue sous le nom de "fête du mouton", est définie dans le Coran comme une fête se déroulant lors du pèlerinage à la Mecque. La date de la Tabaski étant dépendante du calendrier lunaire, elle n'est connue qu'une semaine à l'avance par décision d'une commission nationale. Fait original dans le monde musulman d’Afrique de l’Ouest, les fêtes religieuses ont des noms wolof : c'est le cas de la Tabaski, qu’on appelle aussi « Aïd El Kebir » dans les pays du Maghreb.



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